J’ai toujours pensé qu’un prototype bien réalisé et une démonstration courte et structurée valent souvent plus que de longues explications théoriques. Pour un jury technique, il faut montrer que vous comprenez le problème, que votre solution fonctionne et que vous maîtrisez les choix techniques. Voici ma méthode, testée lors de soutenances et présentations de projets, pour convaincre un jury en 5 minutes grâce à un prototype imprimé en 3D.
Avant l’impression : définir l’objectif précis du prototype
Un prototype n’a pas besoin d’être complet pour être convaincant. Il doit répondre à une promesse claire. Avant de lancer l’impression, je me pose toujours ces questions :
- Qu’est-ce que je veux prouver ? (concept, ergonomie, mécanique, assemblage, circuit électronique…)
- Quel niveau de fidélité est nécessaire ? (forme seulement ou pièces fonctionnelles ?)
- Quelle contrainte de temps et de coût ? (impression longue, post-traitement, pièces de rechange)
Par exemple, pour un mécanisme d’emboîtement j’ai préféré imprimer des pièces robustes en PETG plutôt que du PLA fragile, même si l’esthétique en souffrait légèrement. L’important est que la pièce tienne pendant la démonstration.
Choix des matériaux et de l’imprimante
Je choisis le matériau en fonction de la fonctionnalité :
- PLA : idéal pour des pièces esthétiques et rapides. Facile à imprimer, peu de déformation.
- PETG : meilleur pour les pièces qui demandent un peu de flexibilité et de résistance mécanique.
- ABS ou ASA : pour la résistance thermique et mécanique, mais attention au warping et à l’odeur ; utile si vous avez accès à une enceinte d’impression.
Pour l’imprimante, j’opte souvent pour une machine fiable et éprouvée : Prusa MK3S+ pour la qualité et la fiabilité, ou une Creality CR-10/Ender si le budget est serré. La fiabilité est cruciale : une impression ratée la veille de la soutenance peut vous coûter cher.
Design orienté démonstration : simplicité et tolérances
Dans Fusion 360 (ou SolidWorks), je conçois en gardant en tête deux choses : faciliter l’assemblage et éviter les ajustements serrés qui échouent à l’impression. Quelques règles que j’applique :
- Privilégier des assemblages vissés ou emboîtés avec jeu de 0,2 mm à 0,5 mm selon la précision de l’imprimante.
- Fractionner le modèle en sous-ensembles imprimables pour limiter les supports.
- Ajouter des repères visuels (encoches, détrompeurs) pour rendre l’assemblage intuitif.
- Si la pièce doit bouger, prévoir des paliers avec axe imprimé en PETG et lubrifier légèrement avec de la cire ou du PTFE.
Finition rapide pour l’impact visuel
Un prototype soigné inspire confiance. Je consacre toujours un peu de temps à la finition :
- Ponçage léger des surfaces visibles (grain 200-400), dépoussiérage.
- Utilisation d’un primaire plastique si besoin, puis peinture mate pour un rendu pro.
- Rangement des câbles et fixation propre des composants électroniques (collets, gaines thermorétractables).
Si vous manquez de temps, une astuce : utilisez du ruban adhésif de masquage pour masquer les surfaces moins belles et dirigez l’attention du jury vers la partie fonctionnelle.
Préparer la démonstration de 5 minutes : script minute par minute
La contrainte de temps oblige à être concis. Voici un script que j’utilise et que vous pouvez adapter :
- 0:00–0:30 : Salutation rapide + énoncé du problème. "Bonjour, je suis Élise Laurent. En 30 secondes : notre problème était X, notre objectif est Y."
- 0:30–1:15 : Présentation du prototype et des choix techniques. Montrez la pièce, dites le matériau et pourquoi vous l’avez choisi.
- 1:15–2:30 : Démonstration fonctionnelle. Exécutez le cas d’usage clé (assemblage, mouvement, charge…).
- 2:30–3:30 : Résultats et performances. Donnez chiffres, limites et comparaisons (ex. "résiste à X N, s’assemble en Y s").
- 3:30–4:30 : Risques et améliorations. Expliquez ce que vous amélioreriez pour intégrer en production.
- 4:30–5:00 : Conclusion rapide + ouverture. "En synthèse, le prototype prouve que… et les prochaines étapes seraient… merci." Puis invitez les questions.
Répétez ce script à voix haute et chronométrez-vous. Lorsque j’ai présenté en jury, ces micro-répétitions m’ont permis de réduire le stress et de livrer une démonstration fluide.
Scénarios de défaillance et plan B
Un prototype peut tomber en panne. Anticipez et préparez des alternatives :
- Emmenez une pièce de rechange critique imprimée et prête à monter.
- Si une partie électronique peut lâcher, préparez une vidéo courte (30–60 s) montrant la démonstration complète réalisée avant la soutenance.
- Prévoyez une version "statique" montrant clairement le principe si l’aspect dynamique échoue.
- Apprenez à expliquer calmement : un jury technique apprécie la transparence. Expliquer pourquoi une défaillance est arrivée (paramètre d’impression, tolérance) montre votre compétence.
Matériel à apporter le jour J
Je fais toujours une check-list physique :
- Prototype principal + pièces de rechange
- Outils de montage (tournevis, clé Allen, pinces)
- Fils de liaison, piles rechargeables, batterie externe
- Tablette ou ordinateur pour afficher schémas/SKETCHES et la vidéo de secours
- Ruban adhésif, colliers, colle cyanoacrylate
Texte d’introduction qui capte l’attention
Commencez par une phrase qui met le jury dans le contexte : "Imaginez devoir assembler ce mécanisme en moins de 10 secondes pour déployer un équipement sur le terrain". Cette image crée une attente et oriente l’attention vers l’utilité du prototype.
Questions techniques que vous devez pouvoir répondre
Après votre démonstration, le jury posera des questions. Préparez des réponses courtes et factuelles :
- Pourquoi ce matériau ? (choix mécanique, coût, facilité d’impression)
- Comment avez-vous validé la tolérance ? (tests, itérations)
- Quelles contraintes de production voyez-vous ? (outillage, post-traitement)
- Quelles métriques de performance ? (durée de vie, cycles, charge maximale)
Répondre avec chiffres ou protocoles d’essai montre que vous ne parlez pas à la légère.
Quelques retours d’expérience personnels
Lors d’une soutenance, j’ai eu une pièce qui a éclaté au premier essai. J’avais prévu une version statique et une vidéo : j’ai montré la vidéo, expliqué ce qui avait cassé (point d’effort mal réparti) et proposé immédiatement une solution de redesign. Ce niveau de transparence et la proposition de correctif ont retourné la situation : le jury a apprécié la rigueur et la capacité d’analyse.
Dans un autre cas, l’impression finale était satisfaisante mais l’assemblage prenait trop de temps. J’ai modifié le script pour montrer seulement la séquence essentielle, puis j’ai fourni un petit tutoriel papier montrant les étapes d’assemblage rapide — un détail opérationnel qui a convaincu sur la reproductibilité.
Outils et ressources utiles
- Logiciels de CAO : Fusion 360, FreeCAD, SolidWorks.
- Slicer : Cura, PrusaSlicer (profiles prédéfinis utiles pour débuter).
- Matériaux : Prusament pour la fiabilité, filaments PETG/PLA de marques reconnues.
- Tutoriels rapides : fiches d’assemblage imprimées, vidéo de 30 s sur smartphone.
En résumé pratique : définissez l’objectif, choisissez la bonne matière, soignez la finition, répétez votre script de 5 minutes et préparez un plan B. Un prototype imprimé en 3D bien présenté montre non seulement votre capacité technique mais aussi votre sens du concret — et c’est ce que recherche un jury technique.